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Beau tout de suite, souvent mauvais plus tard

Walter Pall
Walter Pall0

Celui qui taille un bonsaï pour l'effet rapide obtient une médiocrité polie. La qualité naît de l'énergie, du développement et du courage d'avoir l'air inachevé pendant un moment.

Il existe dans le bonsaï une maladie très répandue: l'obsession de vouloir qu'un arbre ait l'air fini dès aujourd'hui. L'arbre doit être impeccable, impeccable jusqu'à devenir insignifiant. Aucune pousse ne doit déranger, aucune ligne ne doit provoquer, aucun développement ne doit rester visible. Le public est satisfait, le propriétaire aussi. L'arbre, le plus souvent, ne l'est pas.

Beaucoup de bonsaïs ne deviennent pas mauvais parce que leurs propriétaires travaillent trop peu. Ils deviennent mauvais parce qu'on travaille sans cesse au mauvais endroit et au mauvais moment. Pincement pour l'effet immédiat, taille fine pour l'exposition imaginée, lisser, ordonner, calmer. Le résultat est séduisant à court terme et faible à long terme. Celui qui ne regarde que la beauté immédiate sacrifie souvent précisément l'énergie qui produirait plus tard la qualité.

Le culte de l'effet immédiat

Ce n'est pas un problème esthétique secondaire. C'est une erreur de pensée. Le bonsaï n'est pas du papier peint. Un grand arbre ne naît pas parce qu'on le garde toujours bien coiffé, mais parce qu'on laisse le développement agir avant d'intervenir durement au bon moment. Entre les deux, cela peut paraître disgracieux. Très bien. La croissance est rarement bien coiffée.

Je l'ai appris il y a des décennies d'une manière douloureuse et très pratique. Des arbres que j'avais laissés pousser faute de temps, puis rabattus sévèrement plus tard, se sont souvent mieux développés que ceux que j'avais maintenus sagement et continuellement en ordre. Ce n'est pas du romantisme. C'est de l'observation. L'énergie ne s'accumule pas par bonne conduite, mais par une physiologie qui fonctionne.

L'énergie n'est pas une affaire de goût

Celui qui veut une ramification fine, une structure de couronne crédible et de la qualité doit d'abord comprendre comment un arbre répartit sa force. Pincer sans cesse affaiblit. Corriger sans cesse affaiblit. Ce besoin fameux de contrôle immédiat affaiblit. Un arbre a besoin de phases pendant lesquelles il peut travailler librement, devenir fort, former des réserves et construire. Ensuite, on peut couper. Pas avant. Et quand on coupe, il faut le faire avec décision.

C'est précisément pour cela que je n'ai jamais considéré la soi-disant hedge cutting method comme une astuce, mais comme une conséquence. On laisse se développer, on laisse accumuler de la force, puis on rabat fortement. C'est moins élégant pour l'observateur impatient, mais beaucoup plus logique pour l'arbre. Celui qui ne juge que l'instant ne le comprend pas. Celui qui juge les années, oui.

Naturel ne veut pas dire négligé

À ce stade, le même malentendu revient sans cesse: si un arbre peut paraître sauvage pendant un moment, alors tout serait permis. Absurde. Le naturel n'est pas le laisser-aller. Un bonsaï naturaliste n'est pas simplement un bonsaï décoiffé. Il a besoin de sélection, de composition, de rythme, de proportion et d'un énorme jugement. Justement parce qu'il ne doit pas ressembler à un cliché de bonsaï trop peigné, il faut encore mieux savoir ce que l'on fait.

C'est là que l'art se sépare du dogme. Le dogme dit: voilà à quoi un bonsaï doit ressembler. L'art demande: de quoi cet arbre a-t-il besoin pour devenir convaincant? Ce sont deux choses totalement différentes. Une approche produit un ennui correct. L'autre ne produit pas toujours de la beauté au premier regard, mais avec un peu de chance elle produit du caractère. Je préfère le caractère.

Si, pendant trois mois, un arbre paraît un peu trop sauvage, le monde ne s'écroule pas. C'est peut-être précisément là que le développement commence. Et si quelqu'un se place devant lui et dit que cela semble inachevé, il a peut-être raison. Un bon bonsaï est très souvent inachevé. Seules les mauvaises théories exigent des images finies à chaque instant.

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